SDG's pour les entreprises
Défis fondamentaux

Les risques à travers le monde en 2017


Dans quel cadre mondial les entreprises opèrent-elles ? Comment voient-elles leur avenir ? Certes, de formidables évolutions ont vu le jour, mais d’autres tendances sont inquiétantes. Des défis majeurs – économiques, écologiques et sociaux –, intimement reliés les uns aux autres, sont à notre porte. Crises politiques et humanitaires, instabilité économique, dégradation de la planète : nous sommes au croisement de chemins. Malgré l’incertitude que génère ce contexte, les entreprises belges restent confiantes en l’avenir.

Ces 30 dernières années, la plupart des régions du monde ont connu des progrès immenses en termes de qualité de vie, d’accès aux ressources et à l’éducation ainsi qu’une croissance économique qui a permis à des millions de personnes de sortir de la pauvreté. Néanmoins de nombreux défis fondamentaux restent à affronter.
Le Forum économique mondial de Davos de février dernier a publié, tradition oblige, son Global Risks Report. Ce rapport analyse les risques majeurs, qu’ils soient d’origine environnementale, sociale ou économique. L’analyse qui suit repose sur ses principales conclusions de 2017, qui pointent les tensions géopolitiques – avec pour corollaires une croissance des inégalités et une polarisation sociale –, la hausse des risques environnementaux et la fracture liée à la quatrième révolution industrielle comme étant les trois principaux risques qui auront un fort impact sur les évolutions mondiales. Le schéma ci-après donne une idée des interconnexions entre ces trois grandes menaces et celles qui se trouvent dans leur sillage (menaces sous-jacentes).

Tensions géopolitiques – Les démocraties tremblent

Les tensions géopolitiques ressortent en pole position des inquiétudes. L’élection de Donald Trump, l’incertitude du Brexit, la montée des nationalistes en Europe participent à ce constat. Le déficit parfois flagrant de gouvernance des politiques ne fait que concourir à une chute de
confiance des citoyens envers les institutions qui les gouvernent. Résultat, la perte de confiance envers les « institutions » fait trembler les démocraties les plus solides.


Conséquences directes des tensions, les inégalités de revenus et la « polarisation croissante » des sociétés apparaissent au premier et troisième rang parmi les tendances sous-jacentes qui détermineront les évolutions mondiales dans les dix ans à venir. En clair, le politique et le social seront au premier plan.
Jamais en 30 ans le fossé entre riches et pauvres n’a été aussi prononcé dans la plupart des pays de l’OCDE : les inégalités de revenus sont à leur niveau le plus élevé. (n.d.l.r. : Ce n’est pas le cas en Belgique. Selon Eurostat (2016), la différence entre les revenus des 20% des Belges les plus riches et des 20% les plus pauvres n’a jamais été aussi faible et reste quasiment stable depuis quatre ans. Elle est en outre une des plus basses d’Europe).
Les violences armées font encore chaque année des centaines de milliers de morts. En 2017, on dénombre 15 conflits dans le monde où le nombre de décès est supérieur à 1.000 personnes par an. La paix est le socle indispensable avant de travailler au développement durable.
Liés à mondialisation, à l'évolution démographique, aux conflits, aux inégalités de revenu ou encore au changement climatique, les flux migratoires représentaient 3% de la population mondiale en 2013. Il y a de fortes chances qu’ils s'amplifient. Les directions de ces flux ont toutefois évolué, et les mouvements Sud-Sud se sont accentués.

La planète tousse

Sans surprise, le deuxième risque majeur perçu est le réchauffement climatique. L'ensemble des risques environnementaux est classé dans l'étude comme « très élevés » et « très probables » avec au premier rang celui des « événements climatiques extrêmes ».
Depuis 30 ans, plus de 2,5 millions d’êtres humains sont morts lors de catastrophes naturelles ayant provoqué quelque 4.000 milliards USD (3.500 milliards EUR) de dégâts. Dans quasiment 75% des cas, ces pertes sont dues à des phénomènes météorologiques extrêmes. En augmentant la température mondiale, le changement climatique rend les tempêtes, inondations et sécheresses plus fréquentes et plus intenses.
De récentes études laissent entendre que nous sommes entrés dans la sixième extinction massive d’espèces. La population des vertébrés a chuté de 50% ces dernières années. Certains scientifiques estiment d’ailleurs qu’il s’agit de la menace environnementale la plus grave qui pèse sur notre planète, supérieure aux effets du changement climatique. La détérioration de nos écosystèmes en est la première cause. La biodiversité, c’est bien plus que les papillons, les abeilles et un champ fleuri ! Elle soutient notre économie en ce qu’elle nous offre des moyens de subsistance et garantit notre bien-être : nourriture, fibres, matériaux de construction, médicaments, mais aussi pollinisation, régulation de l’approvisionnement en eau propre, captage de carbone, etc. Elle est indispensable pour tous, en ce compris les entreprises. Mais elle est de plus en plus menacée.

Quatrième révolution industrielle

Enfin, le troisième enjeu majeur mis en avant par le rapport est le constat que « la société n'évolue pas au même rythme que les évolutions technologiques ». Formation, protection de la vie privée, revalorisation des métiers et des compétences : pour affronter la révolution des algorithmes, ce sont aussi les aptitudes de l'homme qu'il va falloir « augmenter ».
Il est certain que numérisation et robotisation offrent des opportunités et des menaces qui diffèrent pour chaque individu, entreprise ou secteur. Il provoque un risque supplémentaire de « fracture » de la société (fracture digitale). Il est donc important de poser un regard ouvert sur l’avenir et de créer un cadre et un climat appropriés.

La confiance des entrepreneurs belges

Pour les entrepreneurs belges, les évolutions considérées comme des risques sont à peu près équivalentes à celles établies par le WEF, à savoir: la situation géopolitique, l’incertitude de la croissance économique mondiale, la « surréglementation » et enfin la vitesse des changements technologiques. Malgré cela, l’entrepreneur belge est étonnement optimiste. 97% des patrons belges interrogés se disent très confiants pour la croissance de leur entreprise en 2017. Ils sont d’ailleurs plus optimistes que leurs voisins…  Voilà ce qui ressort de la Global CEO Survey.

L’incertitude comme principae ennemi.

L’incertitude résultant de toutes ces évolutions rend la voie à suivre difficile pour les entrepreneurs. L’imprévisibilité est leur ennemi. Car elle est un frein aux investissements et à l’innovation. Les entreprises font face à un monde instable, qui évolue à une vitesse jamais égalée. Elles peuvent difficilement être performantes dans un monde « qui ne fonctionne pas ». Le changement est donc inéluctable. Elles devront s’adapter, innover et offrir une plus-value économique, sociale et environnementale. La connaissance et la compréhension des Objectifs de développement durable leur donne cette opportunité. Comment ? Quelques pistes sont à découvrir dans les autres articles parus dans ce REFLECT. Ainsi que des exemples de « performeurs » économiques, écologiques et sociaux !

Les risques mondiaux majeurs en 2017

image-placeholder.png
Source: Global Risks Report 2017, WEF
17 ODD en bref

L’intérêt sociétal dans l’intérêt de l’entreprise

Les Nations Unies ont consigné les principaux défis sociétaux mondiaux dans 17 Sustainable Development Goals (SDG) ou objectifs de développement durable (ODD) en français. Ils constituent les fondements pour éradiquer la pauvreté, combattre l’inégalité et protéger l’environnement et la paix d'ici à 2030. Et ainsi assurer l'avenir de votre propre entreprise.

Il n'est pas possible de développer une entreprise forte et prospère dans un monde caractérisé par des inégalités croissantes, la pauvreté, le changement climatique et des troubles, ... Les 17 ODD constituent un important fil conducteur pour les entreprises qui souhaitent maximiser l'impact positif de leurs activités. Toutes les parties prenantes attendent en effet que l’entreprise concilie ses intérêts propres et ceux de la société dans son corebusiness. Une entreprise qui ne contribue pas positivement à la société s’isole à terme et est de plus en plus abandonnée par le consommateur, le collaborateur et l’actionnaire.

People, Planet, Prosperity + Peace & Partnership

Jusqu’à présent, on associait le développement durable aux trois P de People, Planet et Prosperity. Les ODD, adoptés en 2015 par l'Assemblée générale des Nations Unies et qui forment la clé de voûte de l’Agenda 2030 pour le développement durable, y ajoutent deux P, de Peace et Partnership. La notion de paix, qui est la base de la pyramide des autres piliers, a donc été ajoutée ainsi que celle de partenariats, ces derniers étant aussi jugés indispensables pour atteindre les objectifs.

Réaliser ces 17 objectifs mondiaux a pour finalité la création d’un monde globalement durable, c’est-à-dire « socialement équitable, sûr du point de vue environnemental et économiquement prospère ». Le champ d’application est donc très vaste, il va de la santé et l’éducation à la conservation des écosystèmes, en passant par le travail décent, les modes de production et de consommation durables ou encore la réduction des inégalités au sein et entre les pays.

Pour mieux comprendre l’ambition (et l’ampleur) de ce programme, il faut savoir qu’il fusionne deux « agendas » mondiaux : celui du développement durable et celui de la coopération au développement (les Objectifs du millénaire pour les pays du Sud, arrivés à échéance en 2015). Pour la première fois, le développement durable et l’éradication de la pauvreté se trouvent inscrits dans un dispositif commun qui fait de la « transversalité » et de « l'universalité » ses principaux piliers. Ses objectifs sont en effet un appel à l’action pour tous – États, pouvoirs publics, acteurs économiques et secteur privé, société civile et citoyens – du Nord comme du Sud – pauvres, riches ou au revenu moyen.

À travers ces objectifs, les dirigeants des pays signataires reconnaissent que l’élimination de la pauvreté doit s’accompagner de stratégies qui renforcent la croissance économique et répondent à un éventail de besoins sociaux, parmi lesquels l’éducation, la santé, la protection sociale et les possibilités d’emploi, tout en luttant contre les changements climatiques et en protégeant l’environnement.

Bien que les ODD ne soient pas juridiquement contraignants, il est attendu des gouvernements qu’ils prennent les choses en main et mettent en place des cadres nationaux pour atteindre les 17 objectifs. C’est aux autorités des pays qu’incombe la responsabilité de suivre et d’examiner les progrès accomplis, ce qui nécessitera de recueillir en temps utile des données de qualité et facilement accessibles. Le suivi et l’examen au niveau des régions s’appuieront sur les analyses nationales et, partant, contribueront au suivi et à l’examen au niveau mondial.

La mise en œuvre en Belgique
La Belgique est un des premiers pays européens à avoir intégré le développement durable dans sa Constitution. Le fédéral mais également les Régions ont à leur niveau respectif élaboré un plan d’action du développement durable. La mise en œuvre de l'Agenda 2030 en Belgique repose sur les différentes stratégies de développement durable adoptées aux différents niveaux de pouvoir. Pour en savoir plus, le lecteur pourra consulter les sites internet des autorités ci-dessous

- Au niveau fédéral: En 2050 – Une vision stratégique fédérale à long terme pour un développement durable, avec 55 objectifs à long terme à l’horizon 2050, une liste d’indicateurs ainsi que les plans fédéraux de développement durable.   
- Flandre: Visie 2050 - Een langetermijnstrategie voor Vlaanderen (Vision 2050 – Une stratégie à long terme pour la Flandre), qui constitue la troisième stratégie pour le développement durable.
- La Région de Bruxelles-Capitale: le Plan régional de développement durable;
- La Communauté germanophone: the Second Regional Development Concept.

De plus, le texte d’une première Stratégie nationale de développement durable (SNDD) a été approuvé début 2017 après consultation des parties prenantes. Toutes les autorités impliquées s’y engagent à établir conjointement un rapport sur la mise en œuvre de l'Agenda 2030 deux fois par an et, dans ce contexte, à entamer un large dialogue avec les acteurs les plus importants : société civile,  secteur privé et parlements. Un premier rapport (Rapport national volontaire) sur l’avancement des SDG dans notre pays a été présenté le 18 juillet 2017 devant le prestigieux auditoire des Nations Unies. Vous trouvez ce rapport sur https://sustainabledevelopment.un.org (‘States/Belgium’).


Synopsis des Objectifs de développement durable
Les ODD peuvent être divisés en cinq thèmes principaux: les gens, la planète, la prospérité, la paix et le partenariat. De quoi s’agit-il exactement ? Une approche, en images, en mots et en chiffres, permet de mieux prendre conscience des nombreux enjeux qu’ils englobent.
image-placeholder.png
Source: Measuring distance to the SDG targets, An assessment of where OECD countries stand, OECD, June 2017
ODD et rentabilité

Une opportunité économique… de 12.000 milliards USD


En prenant part à la mise en oeuvre des 17 Objectifs de développement durable, les entreprises s’ouvrent à de nouvelles opportunités de croissance, renforcent leur responsabilité sociétale et performent mieux, parce qu’elles répondent ainsi aux besoins et aux attentes de la société. Elles sont en outre un levier essentiel dans leur réalisation. Gain d’efficacité, consommation raisonnée des ressources naturelles, limitation des pollutions, généralisation du travail décent, promotion de l’égalité des chances sont autant de domaines où elles peuvent contribuer concrètement.

Vous, en tant qu’entreprise, pouvez tirer plusieurs avantages des Objectifs de développement durable (ODD). Bien sûr, il faut d’abord les connaître et en comprendre les enjeux. Vous verrez alors que vous pouvez utiliser les ODD comme cadre général pour élaborer, conduire, communiquer et rendre compte de vos stratégies, objectifs et activités.

  • Pour identifier les futures opportunités
Les défis du développement durable à l’échelle planétaire représentent déjà des opportunités de marchés pour les entreprises qui disposent ou développent des solutions efficaces et novatrices telles que :
  • Les technologies innovantes en vue d’améliorer l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, le stockage de l’énergie, le transport durable, les « smart cities » (la ville qui recourt aux TIC pour améliorer la qualité de ses services), etc.
  • La mise sur le marché de produits plus efficaces d’un point de vue « ressources » et qui produisent moins de déchets.
  • La réponse aux vastes besoins du marché (santé, éducation, énergie, finances, TIC) pouvant améliorer le quotidien de milliards de personnes.

  • Pour anticiper les futures politiques
Les gouvernements de 190 pays se sont engagés à remplir l’Agenda 2030. Ils vont donc mener des politiques qui vont inciter tous les acteurs à le prendre rapidement en compte. Les moyens seront divers : normes, taxes ou autres mesures qui internalisent le coût des impacts négatifs d’une activité, et ce en vue de renforcer une exploitation plus efficace des ressources ou la recherche d’alternatives plus durables.
  • Pour attirer et garder les talents
L’intégration de durabilité dans l’entreprise est devenue une véritable préoccupation pour les employés (et en particulier pour la génération des Millennials, soit les jeunes nés entre 1980 et 2000) en quête de sens à donner à leur investissement professionnel. Un employé qui croit dans un projet d’entreprise sera plus engagé et plus productif. Dans la guerre des talents actuelle, c’est un facteur non négligeable. 
  • Pour renforcer les relations avec les parties prenantes
Les ODD reflètent les attentes des parties prenantes. En vous alignant sur eux, vous allez enrichir vos relations avec vos clients, collaborateurs et parties prenantes. Si vous communiquez intelligemment sur cet alignement, vous parlez un langage qui les touche et qu’ils comprennent.

  • Pour utiliser un langage commun et une valeur partagée
Les ODD sont issus d’un large consensus entre parties prenantes, entre autres les entreprises. Ils sont donc une valeur partagée, une vision commune.

  • Pour stabiliser les sociétés et les marchés
Une entreprise ne peut se développer au sein d’une société en échec. Inversement, en créant de la croissance économique, elle permet d’augmenter le niveau de vie et d’éducation, de stabiliser la situation économique, le climat politique, et partant les marchés, etc.

  • Pour renforcer la transparence et sécuriser votre « licence to operate »
Avec internet et les réseaux sociaux, la responsabilité sociétale devient indispensable ne fut-ce qu’en termes de gestion des risques liés à la réputation, l’image. Tenter de cacher des pratiques de commerce ou de production douteuses serait néfaste.

  • Pour stimuler l’innovation
Faire l’exercice d’aligner sa stratégie sur les grands principes de développement durable vous incitera à réduire vos impacts négatifs (toute entreprise en a) et à améliorer votre contribution aux impacts positifs à l’Agenda 2030. Une fois votre valeur ajoutée clairement établie, ce sera plus facile d’orienter vos nouveaux produits et vos investissements dans cette direction. La cohérence de votre positionnement et de vos messages sera un facteur clé d’innovation. Exemple : le constructeur automobile BMW ne se présente plus comme constructeur automobile mais bien comme « créateur de mobilité » en offrant des services de plus en plus diversifiés, qui répondent aux besoins des consommateurs (en créant notamment des plates-formes de voitures partagées).
Streamer
Les ODD vont aider votre entreprise à se doter d’une mission sociétale !

Les ODD : 10% de l’estimation du PIB global en 2030
La Business and Sustainable Developement Commission (une Commission du Forum économique mondial de Davos) a analysé et chiffré les opportunités que peut entraîner la mise en œuvre des ODD. En soulignant que la rentabilité des efforts grandit à mesure que le monde dans son ensemble atteint les objectifs. Ses recherches montrent que ces derniers « ouvrent 60 opportunités de marché », qui généreraient une valeur allant jusqu'à 12.000 milliards USD (11.334 milliards EUR) par an au titre de gains de productivité et de revenus commerciaux, et ce rien que pour quatre systèmes ou domaines économiques : 1. l’alimentation et l’agriculture, 2. les villes, 3. l’énergie et les matériaux, 4. la santé et le bien-être.

Ce montant représente environ 10% de l’estimation du PIB global en 2030. La valeur économique totale pourrait même être de 2 à 3 fois plus importante si les bénéfices sont captés à l'échelle de l'ensemble de l'économie et s’ils s’accompagnent d'une meilleure productivité de la main-d’œuvre et des ressources. L'enjeu est, comme on le voit, considérable. Selon le rapport de cette commission, 50% de ce potentiel pourrait être capté par les pays développés. Ces 60 opportunités pourraient également générer 380 millions d’emplois.

Les objectifs, intimement reliés, se stimulent mutuellement. Par exemple : une santé et une éducation améliorées engendrent une augmentation de la productivité au travail ; moins d’inégalités sociales peut réduire les incertitudes politiques, diminuer les risques économiques et multiplier les retours sur investissements.
image-221749-b26c66c62fb54874973dfbde3e7d7c92.jpg
Source: Rapport de la 'Business and Sustainable DevelopmentComission', World Economic Forum, januari 2017
Top 5 des ODD offrant le plus d’opportunités
Une étude de PwC sur les ODD et les entreprises épingle 5 objectifs – « Travail décent et croissance économique », « Bonne santé et bien-être » « Énergie propre et d’un coût abordable » « Industrie, innovation et infrastructure » « Consommation et production responsables » – comme étant susceptibles de leur offrir le plus d’opportunités/d’avoir le plus d’impact. « Vie aquatique », sans trop de surprise, mais aussi « Inégalités réduites » et « Pas de pauvreté » recueillent le moins de suffrages. Il est normal que les entreprises aient un pouvoir d’actions directes plus importantes sur certains objectifs que d’autres. Indirectement les effets positifs vers un objectif se feront sentir favorablement sur d’autres.

image-221750-Opportuniteit_EN_Graph2.w640.jpg
ODD – Mode d’emploi

Par où commencer ?

Les opportunités du développement durable font l’unanimité. Reste à savoir comment guider votre entreprise dans la bonne direction. Bon nombre de chefs d’entreprise n’envisagent pas un bouleversement radical, mais plutôt une approche par étapes. La responsabilité sociétale repose sur une communication crédible de votre stratégie durable, de vos objectifs et de vos activités. Chaque étape peut (parfois) se révéler très complexe et longue, mais ne vous laissez pas décourager, car les bénéfices seront énormes et le retour sur investissement garanti.  

Les étapes de votre réflexion

Entreprendre de manière durable commence par une réflexion sur votre propre business. Comment le voyez-vous à moyen et long terme ? Posez-vous cinq questions qui seront autant d’étapes dans votre parcours :
  1. Qu’est-ce que mon entreprise apporte à la société ? Que ce soit par un service ou un produit, vous répondez à une certaine demande du marché. Vous devez définir la valeur ajoutée de votre organisation à la société. Question plus radicale : si vous veniez à disparaître, qu’est-ce que cela changerait pour la société ?
  2. Quels impacts génère-t-elle ? Toute entreprise ou organisation a des impacts positifs et négatifs sur son environnement. L’inventaire de ceux-ci est une étape indispensable à une approche globale et vous donne une vue d’ensemble de vos leviers potentiels.
  3. Qu’attendent les parties prenantes ? L’opinion des parties prenantes va crédibiliser votre approche. Elle permet de réaliser une « matrice de matérialité » où l’on va identifier les enjeux autres que purement financiers prioritaires. En gros, cette matrice repose sur une double priorisation de chaque enjeu : d’une part, du point de vue interne à l’entreprise (dans une optique « business ») et, d’autre part, du point de vue externe (parties prenantes). Les enjeux retenus sont ceux qui sont prioritaires à la fois en interne et en externe.
  4. Qu’est-ce que je peux faire ? Une fois l’inventaire effectué, validé par les parties prenantes, il faut définir une stratégie permettant, d’une part, de diminuer nos impacts négatifs et, d’autre part, d’optimiser nos impacts positifs.
  5. Qu’est-ce que je dois communiquer ? Toute information n’est pas pertinente. Ne dites pas que vous triez vos déchets. Cela va de soi. Il vous faut communiquer sur les enjeux prioritaires identifiés et sur la façon dont vous gérez les impacts.

Communiquer de manière crédible

Toute communication sur votre engagement en faveur du développement durable, autrement dit votre responsabilité sociétale, doit être honnête. Dissimuler des impacts négatifs liés à votre business déforcera votre message. Au contraire, la transparence contribuera à la crédibilité de votre entreprise ou de votre stratégie. La cohérence de vos propos est aussi essentielle.
Il existe plusieurs cadres de référence pour le reporting de votre avancement en matière de durabilité. En voici deux connues.
- GRI (Global Reporting Initiative), sans doute le référentiel le plus connu et répandu. Il existe en effet plus de 80.000 rapports de durabilité réalisés sur base de ses standards. Il émane d’une organisation internationale indépendante et s’est engagé à aligner ces standards avec les ODD.
- La norme ISO (International Standardisation Organisation) 26000 relative à la responsabilité sociétale des organisations. Elle donne des lignes directrices aux entreprises et aux organisations pour opérer de manière socialement responsable.

Informations non financières obligatoires pour les grandes entreprises

La directive européenne relative à la publication d’informations non financières et d’informations relatives à la diversité doit être très prochainement transposée en droit belge. Celle-ci impose à certaines grandes entreprises d’insérer dans (ou joint à) leur rapport annuel une série d'informations non financières telles que des questions environnementales, sociales et de personnel, de respect des droits de l'homme et de lutte contre la corruption. Les entreprises visées sont les grandes entités d’intérêt public (essentiellement les banques, assureurs et sociétés cotées) de plus de 500 salariés, avec un chiffre d’affaires de 34 millions EUR ou un total du bilan supérieur à 17millions EUR.  La directive introduit aussi l’obligation pour les grandes sociétés cotées de fournir des informations concernant la politique de diversité au sein de leurs organes décisionnels.
image-221746-Hoe...NL_chart.w640.jpg
Source: 'SDG Compass - The guide for business action on the SDG's', GRI, Global Compact en WBCSD

Un exemple d’outil

Le « SDG Compass – Le guide des ODD à destination des entreprises» est un outil élaboré par GRI, le UN Global Compact et WBCSD (World Business Council for Sustainable Development). Il explique dans quelle mesure les ODD concernent votre entreprise et présente les outils et informations qui vous permettront de placer le développement durable au cœur de votre stratégie d’entreprise. Ce guide vous propose également de procéder par 5 étapes pour optimiser votre contribution aux ODD.
  1. Comprendre. Comprendre les opportunités qu’offrent les ODD et les responsabilités qu’elles impliquent pour votre entreprise.
  2. Définir les priorités. Cartographier les impacts, pour atténuer ou éliminer les négatifs et amplifier les positifs.
  3. Définir les objectifs. Définir des objectifs spécifiques et mesurables. Communiquer de façon claire à leur sujet. Ainsi, les parties prenantes « s’approprient » ces objectifs et cela stimule de meilleures performances.   
  4. Intégrer. Intégrer la durabilité à la gouvernance de l’entreprise et la fixation d’objectifs à toutes les fonctions de l’entreprise. C’est indispensable pour atteindre les cibles fixées.
  5. Informer. Les ODD aident les entreprises à informer les parties prenantes, à rendre compte de leurs résultats en matière de développement durable, et ce à travers des indicateurs communs répondant à des priorités partagées. La publication de rapports de développement durable en est un bel exemple.

Travailler en réseau

Le 17e Objectif de développement durable met l’accent sur les partenariats. De plus en plus d’entreprises engagent de manière active des collaborations avec leurs parties prenantes. Si vous cherchez des sources d’inspiration et voulez passer à l’action, voici des exemples de réseaux belges. Il en existe bien d’autres.

The Shift (www.theshift.be) est un réseau de développement durable. Son objectif est de construire des partenariats pour opérer la transition vers une société et une économie plus durables. Issu de la fusion entre Business & Society et Kauri, il est un des réseaux les plus connus dans le monde des entreprises. Il rassemble environ 350 entreprises, ONG et autres organisations en vue de stimuler des partenariats et de contribuer à la co-création de modèles opérationnels durables. www.theshift.be  

La Fondation Be Planet (www.beplanet.org), créée en 2015, soutient et accompagne les initiatives citoyennes locales sur une variété de thématiques telles que la mobilité, l’énergie, l’alimentation, la consommation ou encore la biodiversité. La fondation récolte les fonds auprès de différents donateurs, et crée des partenariats « gagnant-gagnant » entre les entreprises et les porteurs de projets. www.beplanet.be
Conclusion & recommandations

ODD : tous concernés !

Les 17 objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies peuvent paraître bien loin de vos préoccupations quotidiennes. Pourtant, en prenant le temps d’analyser les possibilités dont ils s’accompagnent, vous rendrez votre entreprise plus forte. Les articles de ce magazine REFLECT vous ont expliqué les nombreuses opportunités que vous pouvez tirer des ODD ainsi que les outils à utiliser. Les quelques conseils ci-dessous vous permettront de trouver votre chemin.

Le champ d’action des ODD est tellement large que certains pourraient perdre la vue d’ensemble. Ou ne pas savoir par où commencer. Voici quelques recommandations pour bien démarrer :

  • En tant que CEO, appropriez-vous le développement durable ! Vous jouez un rôle crucial dans l’intégration des ODD dans votre stratégie. Prenez ce rôle à cœur et soyez leader ;
  • Commencez à l'échelle de votre entreprise : toute action, aussi petite soit-elle, peut être contributive ! Donc, même si vous n’élaborez pas une stratégie à proprement parler, commencez modestement… Ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières. Et vos premières actions vous mèneront facilement vers d’autres ;

  • Inspirez-vous et réseautez ! Vous aurez besoin d’échanger, de partager vos expériences et connaissances avec d'autres pour trouver des solutions. Les entreprises d’un même secteur font souvent face aux mêmes défis. Les réseaux d’entreprises et sont d’excellents points de départ ;
  • Collaborez ! Avec d’autres entreprises, les gouvernements, les ONG... Les 'Green deals' sont des partenariats qui ont pour objectif de faire mûrir plus avant des projets grâce à une collaboration étroite entre secteurs privé et public ;
  • Au besoin, faites-vous accompagner : de nombreux consultants spécialisés peuvent vous proposer de vous accompagner et suggérer une méthodologie de travail structurée afin de mettre les piliers de la durabilité en place.

Entreprises, pouvoirs publics, société civile et citoyens

Dans un monde en évolution constante, les entreprises belges doivent jouer et jouent un rôle de pionnier dans le développement durable. La société attend des entreprises la prise en main de l’ensemble des leviers dont elles disposent et qu’elles endossent leurs responsabilités. Elles font partie de la solution, mais la transition ne pourra pas se faire uniquement grâce aux entreprises. Les gouvernements et la société civile ont un rôle au moins aussi important à jouer.

Le succès de l'Agenda 2030 pour le développement durable dans les pays qui y ont souscrit sera étroitement lié à la capacité des entreprises à se développer de façon responsable et durable afin de créer des conditions de vie et de travail décentes. Elles devront pour cela participer activement avec les autres parties prenantes : citoyens, consommateurs, gouvernements, ONG... Il est essentiel que les acteurs travaillent ensemble et prennent appui sur leur complémentarité pour répondre aux nombreux défis mondiaux à notre porte.